Il est 17h30, votre enfant rentre du collège. Il a un exercice de maths pour jeudi, une leçon d’histoire pour vendredi et une rédaction pour lundi. Il veut tout faire la veille, vous préféreriez qu’il s’y mette tout de suite. Qui a raison ? La réponse de la recherche sur la mémoire est plus nuancée que « tout, tout de suite » ou « au dernier moment ».
Savoir quand faire ses devoirs, c’est surtout comprendre comment le cerveau retient une information. Voici ce que disent les études, et comment en tirer une organisation simple pour la semaine.
Sommaire
- Comment on oublie : la courbe de l’oubli
- Les avantages de travailler le soir même
- Pourquoi la veille n’est pas toujours une mauvaise idée
- La meilleure stratégie : répartir dans le temps
- Une organisation type pour la semaine
- Questions fréquentes
Comment on oublie : la courbe de l’oubli
À la fin du XIXe siècle, le psychologue Hermann Ebbinghaus a montré qu’une information nouvelle s’oublie très vite : une grande partie disparaît dans les heures et les jours qui suivent l’apprentissage, puis l’oubli ralentit. Ce phénomène, appelé courbe de l’oubli, a été confirmé depuis par de nombreux travaux.
La bonne nouvelle, c’est que chaque fois qu’on revient sur une information, la courbe s’aplatit : on oublie moins vite. C’est tout le principe de la répétition espacée. Le moment où l’on fait ses devoirs n’est donc pas un détail : il détermine ce qui reste en mémoire le jour du contrôle.
Les avantages de travailler le soir même
Le cours est encore frais
Revoir une leçon quelques heures après l’avoir entendue permet de la consolider avant que l’oubli ne fasse son œuvre. C’est aussi le moment où l’élève se souvient des explications orales du professeur, des exemples, des questions posées en classe. Une relecture rapide le soir même, suivie d’un petit test (« qu’est-ce que j’ai retenu ? »), est l’un des gestes les plus rentables qui soient.
On repère tout de suite ce qu’on n’a pas compris
Faire un exercice le jour même permet de voir si la notion est acquise. S’il bloque, l’élève a encore le temps de poser une question au professeur au cours suivant. Découvrir la veille qu’on n’a rien compris, c’est trop tard.
Le sommeil fait le reste
Pendant la nuit, le cerveau consolide ce qu’il a appris dans la journée. Revoir une notion le soir, avant de dormir, favorise cette consolidation. Encore faut-il que la nuit soit suffisamment longue : voir notre article sur le sommeil des adolescents.
Pourquoi la veille n’est pas toujours une mauvaise idée
Faire un devoir la veille de la date de rendu n’est pas un problème en soi, surtout pour les tâches qui ne demandent pas de mémorisation à long terme (un exercice d’application, une fiche à remplir). Et une révision rapide la veille d’un contrôle reste utile pour réactiver les connaissances.
Le problème, c’est quand la veille devient le seul moment de travail. Apprendre une leçon entière en une fois, juste avant l’évaluation, donne l’illusion de savoir. Le lendemain du contrôle, presque tout a disparu. C’est ce qu’on appelle le bachotage, et il coûte très cher en fin d’année, quand il faut réviser pour le brevet ou le bac.
La meilleure stratégie : répartir dans le temps
La recherche est assez claire : pour retenir durablement, mieux vaut plusieurs séances courtes espacées qu’une longue séance concentrée. Le schéma le plus efficace ressemble à ceci :
- Le soir même : relecture active de la leçon (5 à 10 minutes), en se posant des questions.
- Deux ou trois jours plus tard : nouveau test, sans regarder le cours, puis correction.
- La veille du contrôle : révision ciblée sur ce qui résiste encore.
Ce qui compte, ce n’est pas de relire, c’est de se tester. Réciter, refaire un exercice sans le corrigé, expliquer à voix haute : ces méthodes actives sont bien plus efficaces que la relecture passive. Nous détaillons ces techniques dans notre guide pour réviser efficacement au lycée.
Une organisation type pour la semaine
| Type de devoir | Quand le faire |
|---|---|
| Leçon à apprendre | Relecture le soir même, test 2-3 jours après, révision la veille |
| Exercice d’application | Le soir même ou le lendemain, pour vérifier la compréhension |
| Rédaction, exposé | Découpé en étapes sur plusieurs jours |
| Contrôle annoncé | Premières révisions une semaine avant, puis séances courtes |
Concrètement, un créneau quotidien de 30 à 45 minutes au collège (un peu plus au lycée) suffit, à condition d’y inclure un peu de relecture des cours du jour, même quand il n’y a « rien à faire ». Pour installer cette habitude, un bon agenda et une bonne prise de notes sont vos meilleurs alliés.
Et le mercredi, le week-end ?
Ce sont d’excellents moments pour avancer les travaux longs et faire un point sur la semaine suivante. Évitez en revanche de concentrer tout le travail le dimanche soir : c’est la recette des soirées tendues et des lundis difficiles.
Questions fréquentes
Mon enfant dit qu’il n’a « rien à faire » : que lui proposer ?
Relire les cours du jour et se poser trois questions dessus. Cinq à dix minutes suffisent, et c’est l’une des habitudes les plus efficaces pour retenir. Il peut aussi avancer un travail à rendre plus tard.
Faut-il faire les devoirs dès le retour de l’école ?
Pas forcément. Beaucoup d’enfants ont besoin d’une pause (goûter, jeu, activité physique) avant de s’y remettre. L’important est d’avoir un horaire régulier, pas trop tardif, et sans écran juste avant.
Combien de temps doit durer une séance de devoirs ?
Au collège, 30 à 45 minutes par jour en moyenne, avec des pauses. Au lycée, une à deux heures selon les niveaux. Au-delà, l’efficacité baisse. Si votre enfant y passe beaucoup plus de temps, regardez sa méthode avant d’augmenter le volume.
Le travail de dernière minute peut-il marcher ?
Pour une note ponctuelle, parfois. Pour retenir durablement, non. Et comme les programmes s’appuient sur les notions des années précédentes, les lacunes laissées par le bachotage finissent toujours par se payer.
